10 janvier 2009
Voyage vers la gare du bout du Monde
Je me suis envolé pour la France dans la nuit du 8 janvier, vers 3 heures du matin. J'étais à la bourre, une des fermetures éclairs d'un de mes sacs était complétement HS et par conséquent, toutes mes frusques s'étalaient au grand jour. Par ailleurs, je crois que je dépassais largement la limite des 40 kilos autorisés... Bref, tout était fait pour que je puisse rester quelques jours de plus en Inde... Une nuit. Deux jours. Une semaine. Qu'importe. Rester !... Je l'avais dit à Lata le soir même pendant le repas d'adieu que j'avais organisé au resto : " je le prends pas cet avion si tu veux". Bien sûr c'était sérieux. C'était aussi juste après être monté sur la table pour la convaincre de venir s'asseoir à côté de moi...
Comme j'étais en retard à l'aéroport, ils m'ont mis en 1ère classe pour que l'embarquement se fasse plus vite. Je n'ai eu aucune réfléxion sur les kilos en trop que je transportais et je n'ai rien eu à payer de plus que le prix initial de mon billet. Et j'ai dû à contrecoeur emballer mon sac à la fermeture éclair HS dans une tonne de plastique pour 400 roupies. C'était sympa de tester la première classe. Et de griller la file qui attendait pour entrer dans l'avion... Je sais que j'avais dit que je n'en parlerais pas, mais c'est l'étrangeté du phénomène qui me fait en parler. Quand j'étais dans l'avion, et que je revoyais les yeux fermés le regard de Lata, le sourire d'Aarti et les autres s'afficher devant moi, j'ai versé une larme. Une seule, que j'ai laissé couler lentement le long de ma joue.
Dans la matinée je suis arrivé à Bruxelles. Puis l'attente, interminable, comme vous le savez. Devant l'obstination des tableaux de vols à nous indiquer les annulations successives pour Toulouse - et après une dizaine de cafés, deux ou trois clopes dans les toilettes, et sentant que j'allais passer la nuit à Bruxelles la neigeuse, je me suis décidé à passer à l'action vers 16h. J'ai demandé à échanger mon billet pour Toulouse contre un autre pour aller à Barcelone. C'est à peine un peu plus loin de chez moi. L'hôtesse acquiesce, j'embarque peu après dans un nouveau vol et quelques heures plus tard, je me retrouve donc à Barcelone. Avec deux bagages en moins... Raaahhhh !Ils m'ont paumé mes bagages ces cons ! J'essayais de garder mon calme pour ne me pas m'énerver contre l'hôtesse, qui de toute façon ne pouvait rien faire de plus pour moi, mais j'avais des envies de gueuler bien fort quand même. Mes deux bagages de soutes sont maintenant dans la nature et attendent d'être retrouvés...
Une fois arrivé à Barcelone, je cherche un moyen rapide de regagner mon foyer. Mais pas d'avions en direction de la Comté ! Pas de trains ! Pas de bus ! Je décide rapidement de me retrancher vers la recherche d'hôtels, plus sûre si on veut éviter de dormir sous les ponts. Après un bon quart d'heure de marche dans la capitale de la Catalogne, je trouve un petit hôtel pas très loin de la gare. Je monte dans une chambre , me pose sur un lit et m'endors comme une masse.
Le lendemain, juste le temps d'enfiler mes frusques et de me passer un coup d'eau froide sur le visage et je pars vers la gare. J'arrive à Cerbère, la frontière franco-espagnole en début d'après-midi. Cerbère, un nom plutôt légendaire mais moi je l'aurais appelé Styx ou quelque chose dans ce genre-là. Cette gare me donne l'impression d'être tout droit sortie d'un film de John Carpenter. J'ai vraiment l'impression d'être dans une autre dimension à certains moments depuis que j'ai quitté l'Inde. Me semble qu'ici, c'est une sorte de gare de bout du monde à la Bagdad Café. Me semble vraiment pas qu'on est en France. Je continue à parler anglais d'ailleurs. La faune même de cette gare me semble complètement irréaliste. Les deux marocains qui parlent au comptoir. Le gars vieille France qui joue de la guitare. La serveuse, une bonne femme qui attend visiblement d'être marié et que tout le monde appelle "mademoiselle". Un couple d'anglo-saxon et le mec qui s'acharne sur un flippeur de l'après-guerre. Tout est étrange et je pourrais bien croire que Cerbère est le bout du voyage si je n'avais pas un billet en main où est inscrit : "Cerbère-Narbonne: 15h45".
Étrange retour qui me fait oublier un moment ce beau départ rempli de bisous, d'étreintes, de rires, de promesses et une fin de soirée avec Lata.
Merci L'Inde, encore une fois ! Merci d'être à chaque fois magique pour moi ! Et à la prochaine, parce que jamais deux sans trois !












23:40 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (7)
08 janvier 2009
Ah brusselles, mon amour !!!
Ben voila, je suis coince a Bruxelles !!! Con de neige ! J'espere que vais pouvoir decoller pour Toulouse a 17h parce que j'ai pas envie de passer la soiree ici. Ce matin, alors que je regardais un paysage tout enneige a travers les vitres de l'aeroport et que soudainement, j'ai vu quelqu'un bouger au milieu de tout ce froid, la premiere pensee qui m'est venue a l'esprit, c'est : " mais y a de la vie dehors ?". C'est vous dire comment j'apprehende mes premiers jours a Cergy...
Sinon ma derniere soiree en Inde etait vraiment bien... (vraiment). C'est beau la vie, quand on est pas en train d'attendre dans un aeroport a Brusselles...
13:04 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (2)
05 janvier 2009
Ce qu'est la folie
Ce qu'est la folie, c'est ça : c'est un nouveau baiser de Lata qui fait tourner la tête, c'est une invitation de sa part, c'est : "les hommes quand ils couchent avec les femmes, ils se désintéressent d'elles après". La folie, c'est lui proposer de rester, de gagner quelques jours, une semaine ou deux, de partir tout les deux voir le Taj Mahal ou les dunes du désert de Jaipur. La folie, quand elle inonde, elle est puissante comme un torrent qui emporte la tête et ne laisse que le coeur flotter, elle est comme ce baiser qui se fige dans toutes les parties de tes pensées. "Un baiser ? Même pas tu l'as baisé ?" Non même pas ! C'était juste un baiser tu sais, un effleurement de peau, qui rend fou.
20:17 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (6)
Fesez ce que je dis, pas...
J'essaie de me remémorer ce que je disais à Clélie quand elle versait ses larmes avant de quitter l'Inde. Elle était touchante, j'étais réconfortant. Mais maintenant la situation pourrait être inversée, je me rends compte que je suis exactement comme elle. Je pleure pas c'est la seule différence mais à l'intérieur ça bouillonne. Parce que là, à deux soirs du départ, j'ai vraiment pas envie de partir... mais vraiment pas ! J'ai envie de rester ici bordel ! Raaah ça va être une décharge émotionelle ce putain de départ ! (me rappeler ce que je disais à Clélie, me rappeler ce que je disais à Clélie). Toute façon au final si j'ai pleuré, je vous le dirais même pas ...
16:31 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (0)
02 janvier 2009
La nouvelle année commence (bien) !
Je sais pas vous, mais moi j’ai passé un réveillon du nouvel an vraiment sympa. Un de mes meilleurs sûrement. C’était un des rares réveillons où j’ai pu sentir une atmosphère particulière qui flottait dans l’air. Ca sentait le renouveau, le départ pour une nouvelle vie (ou au moins pour une nouvelle année, ou la France ou je sais pas).
En début de soirée, vers 19h, on a décidé d’aller au resto avec Baptiste, mon nouveau colloc’, et Clélie, la française que j’ai rencontré il y a quatre mois et qui est venue achever son road trip indien à Delhi. C’est Clélie qui a insisté pour qu’on sorte parce que Baptiste et moi, on est plutôt du type mâle casanier. On s’est donc rendu dans un resto plutôt très chic de Connaught Place parce que la demoiselle tentait de nous mettre au pas et y arrivait très bien. Ca valait le coup de sortir. Il avait un putain de cadre ce resto ! C’est pas en France que je pourrais me payer un resto comme ça. C’est là que je me dis que la vie d’expat’ a du bon quand même. Ca donne certains avantages, comme celui utilisé par certains fonctionnaires de l’ambassade de se faire monter une moto sur mesure...
Ce resto c’était de la bombe de balle donc ! Enfin au niveau du cadre, parce que la bouffe était encore trop épicée. La soirée se passe, la musique et la Kingfisher nous égayent, nous transforment. Au moment où Baptiste va pour nous prendre en photo Clélie et moi et que je la tire vers moi en posant mes bras sur ses épaules, je commence à voir naître un changement et du désir dans le comportement de Clélie. Je trouvais que la façon dont je l’avais tiré vers moi faisait peut-être un peu trop sauvage mais je la voyais qui voulait recommencer cette photo encore et encore : une fois, deux fois, trois fois,… cinq fois au total ! A chaque fois elle se collait contre moi, elle revenait d’elle-même, y avait pas besoin de forcer. Puisqu’elle insistait et que je suis quand même pas un sauvage, je me prenais au jeu. Je me suis même permis de la bisouiller sur les deux dernières photos et ça non plus ça semblait pas la déranger. Y avait comme des bouffées d’hormones dans l’air… Mais, parce qu’il y a un mais, vers 21h, je reçois un appel de Félix qui me propose de passer chez lui pour finir la soirée. Il est « tout seul au milieu de nanas ». Le pov’ ! Y avait Lata bien sûr et ça Félix, il sait que c’est l’argument que tue pour me faire rappliquer. J’invite Baptiste et Clélie à se joindre à la soirée mais ils préfèrent rentrer alors je m'y rends tout seul. Quand je rentre dans l’appart’ de Félix, je le découvre bordélique comme jamais je l’ai vu ! Il est bondé, y a un peuple de dingue, dans chaque salles, surtout des nanas, et pas des timides heing ? Des indiennes du Nord, à la mentalité hem… moins farouche on va dire… Elles se trimballent toutes en minijupes, en décolletés, sauf Lata, et toute façon, y avait beau avoir matière à regarder, je ne voyais que ma muse (ou presque, pasque de temps en temps mes yeux ont bifurqué involontairement).
J’arrive donc dans ce gros bordel ambiant, je fais un grand signe de bonjour à tout le monde, les nanas me répondent à la sauce japonaise en souriant et en faisant de grands gestes de bienvenue et je croise le regard de Lata. Un homme est assis à côté d’elle. Je lui demande de me faire une place. Il commence à s’écarter pour me laisser une place sur le canapé, mais pas à côté de Lata, à côté de lui. Je lui explique très gentiment que j’en ai rien à carrer d’être assis à côté de lui et que je veux une place à côté de Lata. C’est un peu brutal comme approche peut-être, je sais pas, mais j’ai envie d’être cash. Je venais d’abandonner une femme qui avait envie de moi et j’étais pas d’humeur à tourner autour du pot. J’avais envie de lui dire tout ce que je pensais d’elle, ce qu’elle m’inspirait, peut-être pas comme les indiens le feraient, mais à ma manière à moi.
Effectivement, j’ai été cash. Pas de fioritures, pas de détours. Pas trop de romantisme ni de poésie non plus je crois. Je lui ai dit simplement que j’aurais aimé que ça se passe autrement entre-nous, que j’aurais aimé qu’on apprenne à mieux se connaître. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que j’avais envie d’elle aussi, évidemment... mais ça c’est sorti tout seul. Je l’ai invité à passer mon dernier week-end en Inde à Agra pour aller voir le Taj Mahal, qu’elle n’a encore jamais vu.
Elle, elle avait du mal à comprendre mon fonctionnement me disait-elle. Pourquoi je ne passais pas tous les jours lui dire bonjour dans son bureau, pourquoi je ne lui téléphonais pas quand je pensais à elle, comment je pouvais passer des jours sans lui parler, pourquoi je jouais à séduire d’autres femmes. C’est vrai que je suis comme ça, c’est peut-être, sûrement vrai que c’est difficile à décoder, mais reste que pour moi, c’était elle ou rien. Et ce fut rien ! Malgré tout j’étais content de moi, comme si je lui avais donné toutes les cartes en mains pour décider, comme si j’avais eu les couilles de dire ce que j’avais sur le cœur et comme si le reste ne m’appartenait plus et qu’elle devait voir ça avec elle-même maintenant. En définitive, j’ai fait ce que je voulais faire pour partir sans regrets.
Clélie aussi je pense est partie sans regrets. C’était hier soir. Ca faisait quelques jours qu’elle logeait chez moi. On a passé de bons moments ensembles. C’est dingue ce qu’on peut s’habituer à la présence d’une nana à côté de soi chaque jour. J’ai eu droit à ses larmes et à ses sourires avant de partir. Hier, vers la fin de la journée, j’ai reçu un texto de Lata qui me demandait si elle pouvait passer chez moi pour voir les films que j’avais. Je lui ai dit que je passais ma journée avec Clélie pour son dernier jour en Inde mais qu’elle pourrait venir un autre jour si elle voulait. J’aurais pu aussi ajouter : « et quand tu sauras ce que tu veux ! ».
Clélie est partie, et moi aussi je vais devoir faire pareil mercredi prochain dans la nuit. C’est bizarre comme à chaque fois que je quitte l’Inde, j’ai l’impression de laisser des choses magnifiques derrière-moi. Pourtant rien d’exceptionnel ne s’est passé. Je n’aimais même pas mon job. C’est les gens je crois bien, c’est les indiens qui me rattachent un peu plus à l’Inde à chaque fois. Comment n’aurais-je pas envie de revoir le sourire d’Aarti ? Les yeux de Lata ? Félix ? Je crois que ce pays et moi, on est fait pour nous entendre au fond.
15:13 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (2)
Petite balade pour la nouvelle année
05:29 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (2)
29 décembre 2008
Les 3 vies de Young-Mi
Retour à Delhi. J’accuse un peu le choc des différences entre la vie luxueuse de l’ambassade, les costards-cravates et les cols-blancs, et celle dans laquelle j’ai été plongée pendant quatre jours. J’ai dormi trois nuits dans une maison villageoise, j’ai entendu les parents de Ganesh faire l’amour dans cette petite maison au toit de paille, je me suis presque levé au milieu des chèvres, j’ai été servi dès le réveil par la sœur ou la mère qui me préparait un chai. A Noël, j’ai pu assister à la chorale des enfants ! Ils chantaient mal… mais je n’écoutais pas vraiment avec mes oreilles, en fait. Je les retrouvais eux, presque intacts depuis trois ans et je les regardais avec mes yeux d’enfants. Au départ, j’ai eu de la peine de ne pas pouvoir tisser avec eux les mêmes liens complices qu’il y a trois ans en arrière. Ils m’ont reconnu, ils se souvenaient de mon nom, de celui de mon petit-frère ("il est où Béranger ? Il est marié ? Il a mourru ? Et toi, t’es marié ?"), ils avaient même conservé bien en évidence les peluches que je leur avais offertes, mais rien n’était comme avant. Je n’étais plus leur professeur, je n’étais plus là pour m’occuper d’eux chaque jours, je n’avais plus la même place dans leurs vies. Les règles de l’école avaient changé et c’était devenu plus difficile de partager des moments avec eux. Mais comme je l’avais écrit avant mon départ, je ne partais pas pour retrouver le passé. Non pas que je ne le voulais pas très fort, mais simplement parce que je savais que c’était le présent qui m’attendait. Alors une fois la déception passée, j’ai avancé vers les bons côtés de mon périple aurovillien.
Les bons côtés ! Ces mêmes liens complices avec les anciens apprentis du Buddha Garden, passer du temps au milieu des villages et profiter de la vie simple. Conduire ma « muppet », même sur les routes de Pondichéry, et je vous dis qu’il en faut du courage pour conduire quand les vaches, les chars à bœufs, les vélos, les mobylettes, les motos, les rickshaws, les voitures et les poids-lourds - voire les éléphants - se côtoient et se dépassent dans l’anarchie la plus totale…
A Noël j’ai gâté les enfants bien sûr ! Je leur ai presque offert de quoi monter une team complète de cricket : trois battes, deux casques, deux paires de gants et des balles. Pour les filles : des bracelets multicolores et des raquettes pour jouer au badminton (j’ai eu un peu moins d’imagination pour les filles en fait…). Les garçons en particulier étaient très contents.
Par hasard, si tant est qu’on croit au hasard, j’ai aussi trouvé un beau cadeau de noël pour mon padre : un poste de directeur d’école. Il serait nourri et logé pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Le but ce serait de mettre en place des programmes éducatifs plus pédagogiques que ceux qui se font actuellement pour les enfants. Mon père, qui fut un temps Président régional des Canlandretas, les écoles bilingues occitanes, et qui a fondé et dirigé la Calandreta narbonnaise, ben tout ça, les pédagogies alternatives pour les enfants, même s’il a jamais enseigné, ça lui connaît un peu et ça pourrait vraiment lui plaire comme expérience. J’ai commencé à lui en parler, on verra ce qu’il en dit, on verra si ça se fait. Mais si ça l’intéresse, ça va se négocier contre une année voyage-sabbatique après mes études et donc contre l’avance pour rembourser mon prêt étudiant, qu’en fait il a toujours pas remboursé…
Et puis y avait le soleil ! Brûlant ! Il chauffait la peau, caressait le visage, plissait les yeux. Du soleil, comme s’il en pleuvait. Et dire que je vais rentrer en France pour me taper du 0 degré…
Puis Young-mi ! Je ne me suis pas faufilé dans son lit finalement et je pense que c’est bien mieux comme ça. Je pensais à Lata. J’avais envie de lui faire l’amour à elle. Même s’il ne me reste plus que quelques jours avant de rentrer en France et que je crois de moins en moins que ça se fera. Malgré tout la belle Lata restera dans mes souvenirs comme une princesse indienne que j’aurais aimé embrasser dans les nuits de l’Orient. Mais revenons à Young-Mi… Cette femme, de plus de vingt ans mon aînée, à quelque chose de particulier. Une énergie bien à elle, quelque chose qui fait que Young-Mi ne ressemble qu’à Young-Mi. On a pu discuter plusieurs fois ensemble, que ce soit le matin au petit-déj’ ou le soir, sur sa terrasse, en buvant un thé. Comme d’habitude, j’aimais bien écouter : « j’aimerais avoir 3 vies, j’ai tellement de choses à faire ! Je me lève le matin, je suis heureuse. Je me couche le soir, sans personne dans mon lit, et je me sens bien. J’ai tellement de choses à accomplir. J’aimerais être à Paris, à New York, ici». Young-Mi, imprégnée d’une force et d’un bonheur qui paraissent presque impénétrables mais dont il me semble comprendre les racines. C’est une femme à lire, car elle est pleine d’enseignements pour qui sait l’écouter et lire entre ses lignes. Un sujet nous opposait singulièrement par contre : pour elle, le modèle de la famille traditionnelle ne peut pas être source de bonheur car elle ne voit dans les couples que sacrifices, oubli de soi et finalement des liaisons de raison dénuées d’amour. Mais la vie de Young-Mi ne pourrait lui faire dire autre chose. Je lui soutenais une autre vision du couple, en l’occurrence la mienne : un mélange de foyer et de stabilité, d’une femme pour la vie, d’enfants, de jardin, de piscine et de cheminée. Les deux s’opposaient en partie mais de la discussion naît souvent des prises de conscience fulgurantes. Young-Mi ne m’a bien évidemment pas fait changer d’avis sur mon modèle catho-traditionnel-new age du couple, pas plus je pense que je n’ai fait changer d’avis Young-Mi, mais elle me pousse à me reposer cette question en y ajoutant des prismes nouveaux : « qu’est-ce qui fait qu’un couple continue de s’aimer après 10 ans, 20 ans et au-delà de ce temps passé ensembles, et comment avoir la chance et/ou les clés pour faire partie de cette espèce en voie de disparition ? ».
Comme je disais à Vivek quand je lui racontais les trois dernières années de ma vie en quelques mots, je n’ai pas de réponses, je n’ai que des questions. C’est sûrement pour ça que Félix commence à m’appeler « KGB »…
16:14 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (3)
25 décembre 2008
Happy Christmas
Joyeux Noel a tous bien sur !!!!
Je vous ponds tres vite une note sur mon sejour a Pondy !
J'espere que vous avez ete sages cette annee (me dites pas oui, je sais d'office que bcp ne l'ont pas ete...)
06:55 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (2)
22 décembre 2008
Back at « Home »…
Ca y est ! J’ai acheté mon billet d’avion Delhi-Madras. Après quelques heures d’avion demain, j’arriverais dans la capitale du Tamil Nadu. A l’aéroport de Madras, Ganesh - devenu chauffeur de taxi depuis que nous nous sommes quittés - devrait passer me prendre accompagné d’une ribambelle d’autres amis. Je m’en fous, toute façon je passerais devant ! Et puis on partira pour environ deux heures de route vers Pondichéry.
Je n’ai pas obtenu beaucoup de jours de vacances : du 23 au 28 seulement, soit quatre jours pleins. J’ai mon avion à 19h30 demain, ce qui m’obligera à partir du boulot avec une ou deux heures d’avance sur l’horaire habituel. Mais tant pis, je m’en fous, je filerais à l’anglaise. Que ça va être bon de passer Noël au milieu des gamins ! Va falloir que je fasse le plein de cadeaux avant le réveillon par contre, parce que ces salauds ont pas oublié d’être nombreux. Je dormirais chez Young-Mi, dont j’ai déjà parlé une ou deux fois ici. Je l’ai rencontré en Inde la première fois que j’y suis venu. Elle habite Paris où elle exerce son métier de prof de chant. C’est elle qui a appris aux gamins à chanter. Et ils chantent bien ! Elle a plein d’autres qualités cette femme, non seulement celle d’être belle (enfin je la trouve belle), mais en plus elle est mature, réaliste sur ce qu’est un homme, elle sait écouter les gens, leur parler, les soutenir quand ça va pas et aussi, et c’est peut-être sa plus grande qualité : elle m’aime bien ! Elle m’aime bien, c’est sûr, et un jour il se pourrait bien que ça aille plus loin. Parce que moi aussi je l’aime bien.
Donc voilà, je vais passer le réveillon entouré d’amis, d’enfants et de la féminité de Young-Mi. Mais que demande le peuple ?
Il n’y a qu’une chose qui me turlupine un peu en fait. C’est que je sais par expérience qu’on ne peut pas revivre les moments du passé. Ce qui est fait est fait et ce n’est pas parce qu’il y a trois ans de ça j’ai passé des mois formidables dans cet endroit que je vais revivre la même chose aujourd’hui. Tout change ! Les gens, moi, les enfants grandissent (se souviendront-ils seulement de moi ?) ! Bref, je sais que ce qu’on a pu vivre à un moment donné appartient au passé et qu’il vaut mieux parfois le laisser derrière nous plutôt que de tenter vainement et piteusement de le retrouver.
Mais peu importe, je ne pense pas trop ! Juste assez ! Je vais là-bas pour profiter ! Je suis juste conscient que je vais devoir prendre les choses telles qu’elles se présentent et que ce sera forcément différent de ce que j’avais trouvé trois ans auparavant. D’un côté, j’irais toujours à la plage, je louerais toujours une « muppet » et je foncerais comme un dingue sur les sentiers de terre cabossés de bosses. Il est probable que le soir, on se retrouvera encore autour d’un feu sur la plage et on dira toujours : « go to Pondichéryyyyyyy » en buvant, parce qu’on sera en manque de nanas et que les mecs sont souvent paumés sans une femme pour les cadrer un peu… Je passerais du temps avec les gosses, full days le 24 et le 25 !!! Faudrait que je demande conseil à mon petit-frère qui a le BAFA pour savoir quel genre de trucs sympas on pourrait faire pour occuper la journée du réveillon. Peut-être que je rejoindrais Young-Mi dans son lit, je sais pas, on verra, l’occasion fait le larron. Je prendrais mon temps, sans le compter, et il passera vite, trop, je le sais.
Et dans le même temps, j’aurais sûrement une pensée pour regretter de ne pas être avec Lata, qui sait ? Ou pas ! Peut-être qu’elle va me sortir de la tête complètement pendant ces quelques jours.
Mon putain de cerveau risque de trop chauffer ! Non, en fait c’est déjà fait…
14:43 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (0)
20 décembre 2008
T'as l'air d'être l'été
Rah je le sens trop présent ce départ qui arrive ! Et c’est pas la sortie d’hier qui va me donner envie de rentrer tout de suite. Vers 9h, je reçois un appel de Lata. Elle traîne avec Félix dans mon quartier, ils me proposent de sortir diner avec eux. Je dis oui. En me préparant, j’essaie d’ôter tout enjeu qu’il pourrait y avoir dans ma tête. Je voudrais juste pouvoir me laisser porter par les pas qui ne m'appartiennent pas. J’ai n’ai rien à gagner, rien à perdre, juste à vivre ce moment avec le plus de plaisir possible. Je sors, ma cigarette scintille dans les rues noires puis je débouche sur la grande place animée du quartier. Je les vois, je leur fais signe et on se dirige vers un resto mexicain plutôt chic de South Ext. Je suis un peu crispé au départ. Puis on s’installe à table et il commence à y avoir des échanges, des vrais. Elle sait que je suis crispé quand elle est là. Je lui ai dit de toute façon que j’étais « tout bloqué ». Je prends une bière pour me décontracter. Une seule. Ca ne me tente plus de passer par là pour séduire. Cette attitude crispée, c’est moi aussi à certains moments donnés, et c’est à prendre ou à laisser.
On finit de manger. En sortant, dans l’escalier vide, je dis une connerie :
" - bon, on viole Lata maintenant ?
Elle s’arrête amusée et me répond :
- T’as dit quoi là?...
Un petit échange de rien de tout s’ensuit. Je finis en disant.
- N’empêche, si je devais le faire, ça serait vachement plus doux !"
Je sens comme un tilt chez elle, une contraction de son corps au moment précis où je lâche cette phrase. Je sens aussi un désir qui me submerge. J’ai tantôt envie de lui prendre la main, de l’embrasser doucement, tantôt celui d’être sur elle et de sentir son corps chaud contre le mien.
On marche un peu. Eux, ils vont continuer pour se rendre à la soirée organisée à l’ambassade américaine. Je leur avais dit d’avance que ça ne m’intéressait pas. Je leur propose de venir voir mon chez-moi. Félix décline. Lata ne répond pas. Je n’insiste pas. Au moment de monter dans le rickshaw, elle me fait des baisers, toujours pareil, sur les joues. Cette fois-ci, c’est presque moi la femme, c’est moi qui me laisse faire. Je profite comme ils sont doux. Elle monte dans le véhicule.
J’ai pas envie de la laisser partir. Je dis au chauffeur :
- "Wait, wait, don ‘t move!
J’ai envie de la kidnapper. De la sortir de ce putain de rickshaw qui veut l’emmener loin de moi.
- OK, filez !"
Le rickshaw démarre. Je le vois partir au loin. Bizarrement, il semble presque freiner au départ, comme s’il allait revenir vers le trottoir. Après quelques secondes pourtant, il s'est lancé dans le trafic et disparait.
08:23 Publié dans Meurtre à l'ambassade | Commentaires (0)

























































