19 septembre 2007

Epilogue

Alors non, j’ai pas eu droit à mes câlins sur le bateau. C’était bien parti pourtant. Hier, on est allé se planquer à l’arrière du paquebot avec une bouteille d’alcool et la chicha que j’avais préparé pour l’occasion. On a commencé à discuter cul. C’est un sujet consensuel le cul. Et puis, ô grand malheur, on a abordé un sujet politique qui est rapidement devenu un sujet polémique. A vrai dire, j’avais envie de me barrer tellement ça me faisait chier. Mais bon. Privé de câlins donc. Bâtard de Sarkozy ! Je m’en souviendrais quand il faudra aller mettre le feu aux rues. 

Et puis voilà, ce matin, je suis arrivé chez moi. J’ai passé des heures et des heures à me raconter aux uns et aux autres et quelque chose me dit que c’est pas encore fini. Mais ça ma dérange pas, je pourrais parler de la pluie et du beau temps, ça serait pareil. Je suis content d’être là, je raconterais ce qu’on me demandera de raconter. Je suis aussi content d’avoir pu me goinfrer toute la journée de bon manger bien d’ici… Je me suis encanné là tiens, je m’en lèche encore les babines. 

C’est incroyable ça de changer si vite d’atmosphère. Ça y est, maintenant, j’ai laissé le Maroc derrière moi. Je suis heureux d’avoir vécu ça avec vous, sur ce blog. Sincèrement. Ca m’a procuré beaucoup de plaisir d’en parler, et beaucoup de plaisir d’être commenté, même si parfois vous êtes un peu radin. Et si c’était à refaire, je recommencerais tout pareil. Je recommencerais peut-être d’ailleurs. L’an prochain, vous savez que je recherche un stage dans le domaine du vin. Et pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai eu une piste pour aller poser mes pieds sur le sol de la grande Russie. L’est de l’Europe n’est pas sans titiller mon imaginaire. Et puis les femmes russes, je suis sûr qu’elles sont plus câlines que les marocaines, avec tout ce froid et tout ça… Vous pensez pas ?

 

 

 
podcast

 

 

18 septembre 2007

J-1

Je pensais que j’aurais beaucoup de temps pour écrire sur le bateau mais ça paraît fort compromis. J’ai un peu trouvé du temps ce matin, et hier avant de me coucher, mais je risque de passer mon temps avec les deux donzelles françaises, alors l’épilogue de cette épopée se fera encore attendre. Si tant est qu’il y en ait une. 

Journée calme pour l’instant. Pas de signe particulier de la française que j’avais dragouillé hier. Je suis déçu. Ca m’aurait bien plus les câlins juste avant de rentrer.

A bord du paquebot

C’est à ça que je vois que ça m’a fait du bien le Maroc. Ca m’a beaucoup appris à me sociabiliser. J’avais la nécessité de le faire et finalement, j’ai vu que j’en étais non seulement capable mais que j’étais aussi doué pour ça. Et tout à l’heure, quand je suis allé accosté les deux nanas avec qui j’ai ensuite passé la soirée, je l’ai fait à l’aise, sans trop y réfléchir, plutôt simplement : « -vous êtes françaises ?

- Oui

- Je peux m’asseoir avec vous ? ».

Il en faut peu pour rencontrer les gens finalement. Quand on y pense, ils ne demandent que ça. Une des deux me plaisait bien et ça m’a encore plus étonné d’arriver à lui sortir, plus tard dans la soirée, alors qu’on était tous les trois en train de papoter sur le pont du bateau : « - j’ai froid, tu me réchauffes ?

- Tu veux un pull ?

- Non, je veux que ce soit toi qui me réchauffes. »

Elle a rien dit. J’essayais pas plus que ça de la séduire, hormis-là, j’essayais simplement de rester moi-même. A la manière dont elle évitait mon regard après cette phrase, à la façon dont elle m’a fait la bise avant que je les laisse s’endormir, en me touchant les épaules, en appliquant bien ses lèvres tout contre mes joues, je sentais que j’avais plutôt touché dans le mille. Mais je sens que maintenant ça va me crisper de lui avoir dit ça. On verra demain.

Embarquement

Je tenais à vous dire, à vous chers lecteurs et chères lectrices qui avez suivi mes aventures au Maroc pendant trois mois, que vous êtes bien protégés aux frontières. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Oui, c’est pas comme si je m’étais fait un autocontrôle douanier. J’avais quand même une machine hyper perfectionné pour m’y aider. Elle a bien sonné, mais la personne qui devait gérer tout ça devait prendre son thé à la menthe ou faire l’amour à l’hôtesse d’accueil ; je sais pas, mais il était pas là. J’espère qu’en France, ils vont vérifier que je transporte pas une arme atomique dans mes bagages quand même.

Puis, après avoir passé les contrôles douaniers, j’ai embarqué dans le paquebot qui doit me conduire à Sète. J’ai la chance d’avoir un formidable compagnon de voyage. Là non plus, c’est pas comme si j’avais un vieux grabataire qui saisit la moindre occasion pour râler. En l’occurrence, c’était pour une affaire de numéro de lit. Ca l’a insurgé apparemment. C’est beau d’être rebelle à 70 ans. Mais je suis pas resté longtemps à l’écouter déblatérer ses conneries. Je me suis cassé sur le pont, au soleil, en écoutant la chanson mythique de l’Eté Indien et maintenant j’attend. Le bateau va partir. Enfin, dans deux heures il va partir. Je serais bien retourné somnoler dans ma cabine mais l’autre grabataire risque encore de me prendre à parti. Et ça serait mal. Au moment de passer la frontière, j’ai furtivement rencontré deux françaises. Si elle passe sur le pont, je vais les alpaguer. 

To be continued…

 

16 septembre 2007

Last day

No habla espanol y es muy difficil de habla con populacion del nord del Maroc en frances… Merci maman de m’avoir donné tant de bases dans cette merveilleuse langue latine… Là vous voyez, je me sens BON en anglais. A-côté, mon espagnol est vraiment d’un niveau plus que pathétique lui. D’ailleurs, j’arrive pas à parler espagnol. Je fais toujours des mélanges confus avec d’autres langues. Du coup ça ressemble à mix anglo-franco-espagnol ce que je dis. Je réinvente la langue moi. Ca tient du génie. L’Esperanto à-côté, c’est du chiquet pour les mauviettes. Donc à l’heure qu’il est, après avoir passé mon après-midi dans le train, je suis arrivé à Tanger. Rien à dire de particulier en fait, si ce n’est que je n’aime pas bouger avec une tonne de bagages sur le dos comme un gros touriste qui s’assume. Ah que c’est chiant à transporter tous ces bagages ! Si quelqu’un me proposait un service de transport, et si j’avais le fric pour me le payer, je signerais tout de suite, là, maintenant. Putain, y a pas pire que se trimballer des bagages qui pèsent deux tonnes quand tu voyages. En début de soirée, je suis arrivé à me poser dans un hôtel, sympa, mais qui vaut pas l’hôtel Dakar où je me trouvais à Rabat. J’ai pris le thé avec le gérant, plutôt jeune, et puis on s’est donné rencard pour se mater un film plus tard dans la soirée. Et le patio est sympa par contre. Le bâtiment est une ancienne Poste portugaise et y a toute une végétation qui s’élève au milieu de la cour intérieure. Ca a son charme. Surtout quand une japonaise un peu farouche vous regarde timidement du coin de l’œil à travers les feuillages. Une vraie scène romantique. J’avais bien envie d’être son samouraï. Bref, rien de nouveau sous le soleil…

 

14 septembre 2007

Le mois sacré du Ramadan (et tout ce qui s’ensuit)

Ce matin, trouver un café d’ouvert pour prendre mon petit-déj’, ça prenait des allures de challenge. Et c’est pas pour dire mais tu sais, le matin, quand t’es pas encore tout à fait bien frais, tu cherches pas vraiment le défi. Toi, prendre un café pépère, ça t’irait très bien, y a même des moments où t’en rêves de ce fluide chaud qui te coule dans la gorge. Putain, il a presque fallu que je marche quarante jours et quarante nuits. J’en ai finalement trouvé un juste en face du parlement. Mais vraiment un. Pas deux. Et c’est pas fini ! Ce soir, c’est d’un taxi que j’ai manqué. Quand j’eu fini de courir au parc Ibn Sina et que comme d’habitude la nuit venait juste de tomber, les rues étaient bizarrement désertes et y avait plus un taxi. Je vous le donne en mille, j’ai dû rentrer en courant. Deux fois plus de course, ça fait que t’es deux fois plus crevé. Et là je suis complètement explosé.

 

Vous vous en douterez peut-être, aujourd’hui, c’est le mois de Ramadan qui vient de commencer. Et pour l’occidental que je suis, la nouvelle est accueillie d’une façon mitigée. Pas de taxis en début de soirée, ce qui te fait rentrer à pied. Tous les restaurants et les cafés sont fermés la journée, sans aucun égard pour mon petit ventre qui crie famine, obligé de se goinfrer de gâteaux secs. Mais comment ils font, eux ? Pendant le mois de Ramadan, du levé au couché du soleil, les musulmans ne peuvent pas boire - même pas de l’eau, pas manger, pas fumer, pas baiser, y peuvent rien faire en fait, les pauvres. Mais peuvent quand même continuer à travailler, ça oui. Tout à l’heure, quand je passais dans la rue la clope au bec, je me sentais un peu dévisagé. J’essayais tant bien que mal de retenir un sourire moqueur. Ben oui, moi je fais comme chez moi, chez eux. Vont pas me convertir hein ? Pour le coup, là je revendique ma chrétienté. Je suis chrétien moi monsieur ! Presque j’aurais cherché une église pour me réfugier. Bordel, heureusement que je m’en vais dimanche, parce qu’un mois avec ce rythme-là, je sens que ça m’aurait un peu beaucoup saoulé.  

 

Puis sinon je suis allé faire quelques emplettes cet après-midi. Je voulais trouver quelques cadeaux à ramener à ma famille. Vu que j’avais un budget limité, j’ai acheté le strict minimum. Et j’ai essayé de négocier. Alors négocier dans le souk, c’est tout un art. Mais c’est pas le mien. Je dois avouer que j’excelle pas dans ce domaine-là, surtout face à des commerçants plus que rodés. Tout juste ils m’ont concédé dix dirhams par-ci, dix dirhams par-là. Au premier achat j’ai fait tout ce qu’il fallait pas faire d’ailleurs. J’ai montré un enthousiasme naïf devant la marchandise. Des affiches marocaines vachement esthétiques des années 50. Après évidemment, pas moyen de faire bouger le prix d’un iota. Puis petit à petit, je commençais à comprendre ce que je ne devais pas faire, et ce que je devais pouvoir faire si je ne voulais pas me faire arnaquer systématiquement. Pour le dernier achat, je suis allé jusqu’à feindre le départ. Du coup j’ai fait tombé le prix de moitié, je m’en suis bien tiré. Bilan des courses, je m’en suis foutu pour pas loin de 1000 dirhams quand même, soit à peu près dix fois moins d’euros. J’ai acheté un I-Pod, au prix non négociable celui-là, une demi-douzaine de vieilles affiches, une djellaba, un genre de chapeau rouge typiquement arabe mais dont je suis incapable de retrouver le nom, un sac à main en cuir, un autre sac stylé un peu hippie pour mon petit frère, deux narguilés, un grand et un petit, et puis je crois que c’est tout.

 

Et me reste plus que 300 dirhams pour arriver jusqu’à dimanche. Ca va être tendu. Je vais devoir mendier là, mais à qui ?... Une petite pièce s’il vous plait ? Si vous en avez pas, c’est pas grave, je prends aussi les bisous.

Tout ! Mais presque.

A y est ! Je suis de retour sur Rabat. Je suis arrivé tard dans la nuit. J’ai fait l’aller-retour en moins de deux jours, pas mal. Ca aura été une mission éclair. Tout ce temps passé en taxi et en train m’aura au moins permis de contempler une dernière fois les paysages de l’Atlas. Et puis bon à l’heure où j’écris, je peux quand même considérer que je suis en vacances, c’est pas rien. J’ai beau chercher, rien à faire de plus, j’ai fini d’accomplir tout ce que je pouvais espérer faire avant de partir.

Aujourd’hui, en début d’aprèm, je suis allé à la DPA avec ce désir si fort en moi de ramener cette putain de convention à mes maîtres de stage. On aurait dit un Pit-bull dressé pour ça. Pour choper une convention. Juste avant, on avait pris un moment avec Hélène pour discuter à la terrasse d’un café. Elle m’a un peu entraîné à faire mon speach. Mais je bafouillais c’était terrible. Alors au moment où je suis entré dans le bureau du chef de service de la DPA , je pensais vraiment que j’allais me vautrer comme une merde. Mais la nature a ses mystères, et alors qu’une demi-heure plus tôt je n’arrivais pas à articuler trois mots, ben là, c’est sorti tout seul. Un fleuve torride de mots. Je m’écoutais et je me disais en moi-même : « Ah ouais, c’est pas mal ce que tu dis ». Franchement dés fois quand je parle, j’ai l’impression que je pourrais convaincre un esquimau d’acheter une glacière. En tout cas, Chrourou était entièrement convaincu de ce que je disais. Mais - parce qu’il y a un mais - une convention, c’est pas vraiment ce que je croyais. Moi je croyais qu’il suffisait de prendre un papier, de marquer en caractère gras : « convention de partenariat », de meubler un peu de la page blanche, de signer et puis que ça suffisait pour que tout le monde soit content. Ben non, en fait ! Une convention c’est quelque chose de vachement compliqué tu vois, quelque chose qu’il faut prendre le temps de faire. Et du temps, justement, j’en avais pas. Chrourou m’a quand même emmené rencontrer le nouveau directeur. Je lui ai fait un topo, un peu moins éclatant que le précédent je dois dire, mais ça passait. On a appelé mon maître de stage au téléphone, que, soit dit en passant, le directeur de la DPA connaissait déjà, et en gros, il en est ressorti que les deux partis étaient d’accord pour travailler ensemble et qu’ils allaient se réunir bientôt pour discuter des modalités du partenariat.

C’est pas la première fois que je remarque que je suis pas en phase avec les marocains sur leur façon de travailler. Moi, en bon occidental,  j’aime que tout aille vite. Je veux tout et tout de suite. Eux, ils fainéantisent comme pas possible. Ce qui parfois a des avantages. En fait, faudrait que j’arrive à faire un mix.

Globalement je suis quand même satisfait du résultat de mon intervention. Je vais conseiller à Ahmed et Zine, mes maîtres de stage, de battre le fer tant qu’il est chaud. Parce qu’ils me paraissaient bien chauds quand même. Je pense que cette convention sera signée dans les prochaines semaines, ou, vu qu’on est Maroc, dans les prochains mois. Mais je pense qu’elle sera bel et bien signée. Et puis comme je m’interrogeais à-propos de mon avenir dans la suite des événements, Zine a tenu à me rassurer au téléphone : « tu es partie prenante du projet » a-t-il insisté. Oui, ben ça fait plaisir à entendre tout ça. Et non, j’aurais décidément pas perdu mon temps au Maroc.

12 septembre 2007

Troisième nuage à gauche

Avec la journée de dingue que j’avais, je pensais que j’aurais pas le temps d’écrire. Enfin que je prendrais pas le temps plutôt. Mais c’était sans compter « l’appel », l’irrésistible appel de l’écriture. Je commence à penser que je serais un écrivain malheureux si je me lançais aujourd’hui dans l’écriture d’un roman. Je passerais mon temps à écrire, en étant un peu tout le temps absent pour mon entourage, je me torturerais l’esprit ou je planerais, je me perdrais dans des rêveries lointaines, mais je resterais toujours le seul à comprendre ce qu’il se passe dans ma tête. Je pense qu’il y a aussi un temps de la maturité pour ça, pour écrire. Et je pense aussi que je ne commencerais rien tant que je n’aurais pas appris à composer entre ça et une vie à-côté, comme une vie de famille. Et puis de toute façon, je suis pas pressé de me lancer dans l’aventure. Théoriquement même, la période idéale pour moi, ça serait la retraite. Vous avouerez que je me laisse une marge. Et plus je pense que je me contenterais largement d’un livre. J’ai pas vraiment envie de vivre comme un artiste. Pas vraiment envie de vivre comme un autiste. 

J’ai revu la française hier et ce matin avant de partir. Elle m’a fait rire. Elle commence déjà à douter qu’elle pourra rester une année entière ici. Je la comprends, c’est jamais facile de s’expatrier tout seul. Je lui expliquais que moi, quand je venais juste d’arriver en Martinique, je me disais pas : « waouhhhh, quelles plages magnifiques ! » Je me disais : « mais qu’est-ce que tu fous ici ? » Elle en était un peu à ce stade je crois. Je lui ai conseillé de laisser venir et puis de voir tranquillement si elle pouvait envisager sereinement ou non de rester ; qu’il valait mieux qu’elle rentre au pire, plutôt que de se mettre dans une situation difficile. Ca me faisait rire les réactions qu’elle avait. Elle arrive ici, la bouche en fleur, en croyant que tout serait facile et elle se rend compte au bout d’un jour à peine, que finalement non, tout ne le sera pas. C’était prévisible quand même nan ?… Les nanas me font rêver dès fois…

Cet aprèm dans le train, j’ai rencontré un agriculteur qui m’a pris pour un vrai ingénieur. C’est la deuxième fois que ça m’arrive pendant ce stage. Dis donc, ça commence à faire. Le gars il commence à me poser des questions du genre : « est-ce que je peux faire pousser des pommes dans ma parcelle ?». J’avais envie de lui dire : « mais attend, t’as bien vu ma tête ? Tu me prends pour un vrai ingénieur ou quoi ? » Et en fait, je lui ai juste répondu que ça dépendait de beaucoup de paramètres et qu’il faudrait qu’il m’invite chez lui pour que je puisse me risquer à un diagnostic. Je dois avouer que ça caresse toujours un peu mon ego quand on me prend pour un vrai ingénieur. Heureusement pour mes chevilles que c’est pas trop souvent quand même…

Je suis en train de penser que je pars dans quatre jours, mais je réalise pas vraiment encore. Tout ce que je vois c’est que ça me donne envie de me la donner d’autant plus dans les choses que je peux encore faire bouger : comme essayer de négocier cette convention de partenariat. Je sais ce que je vais leur dire aux gens de la DPA. Tout est prêt dans ma tête. La merde, c’est qu’il y a un nouveau directeur en poste. Lui je le connais pas. Va falloir que je le convainque surtout à lui maintenant. J’espère que ça va bien se passer, même si je pense sincèrement que oui. Et puis ça serait un beau final de partir sur ça. Parce que comme je l’ai déjà dit hier, dans la mesure où on trouve un accord, je suis quasiment sûr d’avoir ma place dans la suite des événements. Au niveau de mon ONG, y a personne d’autre que moi qui saura présenter le projet aux bailleurs et personne non plus qui a une maîtrise du dossier comme moi je l’ai. D’autant plus qu’elle va aller en s’améliorant vu que je vais bosser dessus toute l’année pour mon rapport.

Bref, pour l’instant, je le sens bien. Je me fous pas de pression. On verra.

11 septembre 2007

Dimanche

Dimanche, à 18h, j’embarquerais dans le port de Tanger et je quitterais le Maroc. Ca va aller vite. Trop vite. Maintenant va falloir que je me bouge les fesses pour obtenir la convention de partenariat entre mon ONG et la Direction Provinciale de l’Agriculture. Si j’arrive à avoir ça, je reste dans le jeu, même si je rentre en France. Si je n’y arrive pas, de tout ce travail fait pendant mon stage, j’en resterais certainement là. Ca me laisse pas beaucoup de temps. Je partirais dès demain pour Khénifra.

 

Dans un style un peu moins pressé, hier j’ai fait quelques rencontres. D’abord j’ai rencontré une marocaine. Elle est venue m’accoster comme ça dans la rue, dès qu’elle a percuté que je parlais français. La France , c’est son « rêve » disait-elle. Bon, je pense qu’elle aurait pas été contre qu’on se marie direct mais on va attendre un peu. Et puis toute façon, elle a eu beau me lâcher son numéro et être très mignonne, je la rappellerais pas. Ou juste pour lui dire que j’ai pas le temps. Puis au cybercafé, j’ai rencontré une française. Après avoir fait trois ans de psycho à Rennes, elle s’est décidée à venir faire ses études ici, à Rabat. Elle venait juste d’arriver et elle était bien contente de me trouver. Je l’ai invité à prendre un verre sur l’avenue Mohammed V. On a discutaillé de choses et d’autres. J’ai surtout essayé de faire redescendre la bonne couche de stress qu’elle tenait. Elle aussi elle aurait pas été contre que je lui fasse visiter ma chambre j’ai l’impression. Mais bon, ça le fera pas non plus. Décidément, je vais commencer à penser que je suis un vrai tombeur.

 

On doit se revoir aujourd’hui avec la française, Marie qu’elle s’appelle. Je lui ai dit que je lui ferais un peu visiter la ville et que j’allais m’occuper d’elle le temps qu’elle prenne ses marques. Enfin ça sera l’affaire d’un jour, puisque demain je pars. Hélène m’a appris qu’il y a des gens à qui je manquais à Kaf Nsour. Le Caït demande souvent des mes nouvelles. Je l’adore le Caït. Ca sera avec plaisir que je le reverrais. Même si durant ces quelques jours à Khénifra j’aurais un timing serré. Z’ont intérêt à me la donner cette convention sinon y a des bombes qui vont péter dans les chaumières.

10 septembre 2007

Pas de partouzes siouplé

Casablanca n’est pas une jolie ville. Soi-disant qu’elle est trois fois plus polluée que Paris. C’est une grosse ville industrielle de plus de trois millions d’habitants, grise, goudronnée et sale. Mais ça ne m’a pas empêché d’y passer un très bon week-end. Assurément un des meilleurs que j’ai pris depuis que je suis arrivé au Maroc. Samedi, dans l’après-midi, on est parti de Rabat pour nous rendre à la soirée qui devait réunir des étudiants et des anciens de mon école. Une rencontre intergénérationnelle en quelque sorte. Mais surtout une occasion de boire et de faire la fête.

On était cinq dans la voiture. Rémi, qui conduisait, Margot, Brice le copain à Margot, Yann le frère de Brice, et moi. Sur le trajet, on a beaucoup parlé vin avec Rémi. Les autres s’étaient endormis. C’était intéressant. Ca m’a donné des idées pour approfondir mes connaissances dans le domaine. Et il serait temps que je m’y mette, parce que je ne pourrais décidément pas passer à-côté. Je vais commencer par faire le tour des caves de ma région. Je recruterais mon père pour ces excursions, il est assez amateur lui aussi et ça nous fera des bons moments à partager. Faudra que je lise beaucoup aussi sur le sujet. A partir de maintenant, j’ai exactement deux ans pour me transformer en connaisseur passionné de vignes et de vins. Après, ça sera le concours d’entrée du master et des portes à enfoncer.  

Après une bonne heure de route, vers le milieu de l’après-midi, on est arrivé à Casablanca. Rémi devait aller récupérer des amis à lui à l’aéroport. Le temps d’aller les chercher, il nous dépose en ville et on en profite pour aller visiter la mosquée Hassan II, la plus grande du Maghreb. J’avoue que voir la grande mosquée ne m’éblouit pas plus que ça. Son histoire est plutôt marrante par contre. En quelque sorte, on peut dire que ce projet pharaonique a été réalisé pour satisfaire l’ego d’un roi mais que le peuple n’en voulait pas. Aujourd’hui encore, elle est boudée par les marocains. Comme la grande mosquée ne suffit pas à m’occuper, et que comme de par hasard, il se trouve que j’ai pris mes baskets avec moi et que par un plus grand hasard encore, la mosquée s’érige sur une jetée, tout près d’une piste pour courir, j’ai laissé tomber mes comparses et je me suis lancé dans une de ces courses dont moi seul est le secret. Je n’avais pas encore fini de faire mon jog que déjà Rémi nous rejoignait avec Ben et Elise, qui posaient pour la première fois les pieds au Maroc. 

Vers 18h, entassés à sept dans la voiture, on s’est rendu au lieu-dit : le lieu du rendez-vous entre les jeunes et les anciens. On arrive devant une belle maison, sur une grande avenue, y a même un gardien et un chien pour surveiller l’entrée. Le chien ne m’inspire pas confiance je dois dire. Mais la baraque est superbe. Elle appartient à JB, un ancien de notre école. Franchement ça donne envie de s’expatrier. Y a des putains de conditions de travail à l’étranger quand même, c’est hallucinant. Le temps de zieuter la belle maison, de demander à prendre une douche et de dire bonjour à tout le monde et puis j’arrive enfin au cœur de la soirée : en gros le cœur de la soirée c’est boire. Tous ronds comme des queues de pelles comme dirait Malena.

On avait déjà commencé un peu dans la voiture et ça avait bien accroché, alors y a rien d’étonnant à ce que dans la soirée, je me retrouve encore à parler avec Elise. Elle a vécu deux ans en Suède. Elle me raconte un peu. Beaucoup en fait, c’est une vraie pipelette. Elle me parle d’elle et je commence doucement à m’enticher de sa compagnie. Je parle aussi avec Ben, son mec. Son mec, je le trouve vraiment pas beau. Par contre, elle, elle me fait carrément craquer. Elle est blonde, elle a les yeux bleus, et puis c’est surtout ce qu’elle dit et la façon qu’elle a de penser qui fait que je peux pas m’empêcher de la trouver belle. En fait, plus je lui parle et plus je la trouve belle, même malgré ses petits tics à l’œil et le fait qu’elle ait un débit de parole très zélé… J’aime bien l’écouter parler. Je m’en fous un peu de ce qu’elle raconte mais de la voir comme ça devant moi, ça me donne envie de l’embrasser. Elle me dira plus tard que si j’aime bien écouter, je suis loin de me confier facilement par contre. Si seulement elle savait que je ne parlais pas pour pouvoir tranquillement la regarder… Et puis même si elle aimait bien mon accent, moi je préférais décidément l’écouter et la fixer du regard. Finalement, comme toujours dans ce genre de soirée, on se fait ballotter à droite à gauche et on se retrouve à discuter avec plein d’autres gens. Sylvain par exemple, qui m’explique qu’après quatre ans passés avec sa nana, elle pense maintenant à le quitter. Et ça le mine un peu. Du coup il boit. Ce qu’il fera jusqu’à ne plus tenir droit. Pour mon plus grand bonheur, plus tard dans la soirée, quand son homme sera affalé sur une chaise en train de dormir, Elise reviendra s’asseoir à-côté de moi. Dans une ambiance un peu plus intime de fin de soirée, on a parlé « deuil de la passion », de « l’appel de l’homme ou de la femme» ou encore de voyages. Je l’ai fait parlé d’elle, autant que j’ai pu et malgré tout, on a un peu parlé de moi. Il s’en est fallu de peu pour que je me lance pas pour lui demander mon bisou vers la fin. J’en avais vraiment envie de son bisou, mais à raison, y a des choses qui me retenaient. Son mec commençait vraiment à m’énerver. Même s’il était allongé et qu’il faisait rien. Quelle sale tête il avait ce gros con!

Vers quatre heures du mat, notre petit groupe part dormir chez Sylvain, qui est complètement raide et qui a vraiment du mal à grimper les cinq étages jusqu’à chez lui. En fait on n’a pas vraiment dormi chez lui, on a dormi sur le toit de l’immeuble. Hallucinant le nombre de paraboles qu’il y a sur les toits de Casa. Ca je suis sûr que c’est parce que les marocains veulent des chaînes de fesses. Les coquins. Mais bon le soir on n’a pas remarqué grand-chose en fait. On était tous trop ronds pour ça. En plus on a pas vraiment eu une bonne nuit puisque le lendemain, vers dix heures, on était tous réveillés à cause du soleil. Le dimanche matin je dois dire que ça était le pire moment du week-end. J’étais un peu dingue parce qu’après trois ans de vie commune, Elise et Ben se faisaient toujours des papouilles le matin au réveil. Et bon, j’avais beau me dire que c’était plutôt mignon, et normal après tout pour un couple, ben j’étais quand même un peu jaloux. C’est normal que cette tête de cochon y ait droit et pas moi, je vous le demande ? Toute façon je m’en foutais. J’ai pris mon café, j’ai fumé des clopes et je parlais pas, c’est tout. On est resté un peu là à farnienter sur le balcon et puis Rémi, Sylvain, Ben, Elise et moi, on a filé dans le plus grand temple de la piraterie de tout le royaume. Un grand souk plein d’objets dont la provenance est systématiquement plus que douteuse. J’en ai profité pour acheter Windows Vista, une version d’XP, Photoshop et Encarta 2007. Ensuite après notre petit shopping, on a rejoint Margot, Brice et son frère à la plage. Et à partir de là… Bon… Comment dire ?... Ce qu’il s’est passé, c’est que malgré sa sale gueule de cake, j’ai bien apprécié le mec à Elise, en fait. Il était simple et sympa. On l’a même joué perso en se posant sur le sable, tous les trois dans notre coin et en discutant entre-nous tout l’aprèm. Et puis finalement, ça m’arrache un peu la gueule de le dire, mais je trouvais qu’il formait un couple plutôt pas mal. Même si elle est beaucoup plus jolie que lui quand même…

Vers la fin de la journée, après un petit passage dans la médina de Casa et une soupe de fève prise à la volée, on est rentré à Rabat. Rémi, Ben et Elise continuaient leur route jusqu’à Fès. On s’est fait nos adieux. Mais vu qu’ils vivent sur Paris, on s’est échangé nos adresses MSN en se promettant de se revoir. Parce que malgré une jalousie qui n’avait pas sa place dans notre dialogue à trois, on a vraiment bien tripé ensemble. Dommage qu’Elise soit pas célibataire mais bon… C’était toujours un bon moment de pris. J’en trouverais une qui sera comme ça moi aussi. Sauf que celle-là elle sera pour moi. Pour moi tout seul. Que pour ma gueule.

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