02 novembre 2009
La mise à mort du travail
Sidérant ! Magnifique ! Triste ! Révoltant ! Intelligent !
Ce reportage est la plus belle remise en cause du capitalisme que j’ai jamais vu, c'est aussi simple que ça. Et pourtant ! Je me considère comme un capitaliste. C’est de mauvais goût en France de dire ça. Je le criais déjà pas sur les toits avant mais maintenant je crois que je vais vraiment la mettre en sourdine. Enfin la sourdine c’est tout relatif pour quelqu'un comme moi mais en tout cas je vais me modérer davantage, pas parce qu’il le faut, mais parce que je vais le devenir après avoir vu ça. J’ai beaucoup plus de sympathie pour les communistes depuis quelques minutes. Je crois toujours aux vertus du capitalisme, au fait qu’il est synonyme de progrès et de réduction de la pauvreté pour les pays du Sud. J’ai toujours aussi cru en ses défauts. Mais ce défaut là mis en exergue de cette façon, ça m’a vraiment abasourdi. Et ca fait peur tellement la pomme semble déjà être pourrie.
Ca m’a tellement chamboulé de voir ça que j’en viens à remettre en cause mon envie de travailler dans le secteur commercial, fusse-t-il celui du vin. Et si je le faisais je ferais en sorte de fuir comme la peste les multinationales et leur toyotisme. Etrangement ça concorde exactement avec une de mes questions existentielles du moment. Je cherche un métier qui fait sens. Il se trouve que j’ai déjà un diplôme qui me permettrait de trouver un job comme ça. Je me demande alors pourquoi je me lance pas dans le domaine où je suis le plus compétent. J’ai quelques pistes pour répondre à cette question mais j’en parlerai une autre fois, parce que là c'est ce reportage qui m'accapare.
Débectant ! On pourrait dire ça aussi pour qualifier son contenu. Chacun ira de sa rengaine à n'en pas douter. Et autant se faire plaisir, parce qu’on pourra taper sur personne, ni exiger justice de quiconque. Ou bien qu’il n’y ait personne à frapper en particulier, ou qu’ils soient trop bien escortés.
Bref ! Ce reportage est tout simplement sidérant. Il m’a énormément touché et j’exagère rien. Il est allé jusqu’à ébranler certaines de mes convictions politiques et économiques, mais il est aussi venu se poser comme un papillon dans cette quête pour savoir dans quoi je devrai me lancer après, dans quel(s) genre(s) de métier je serai susceptible de m'épanouir au mieux.
C'est un reportage culte !
Je vous le conseille, comme je conseillerais un livre de chevet. Je vous incite aussi à le payer et c’est un adepte du téléchargement illégal qui vous le dit. Pour une fois j'ai ressenti l'envie de marquer le coup, de soutenir le mec qui a réalisé ça, Jean-Robert Viallet, peut-être même pour qu’il fasse un autre reportage de la même envergure (il en a fait un déjà que je compte aussi me procurer : Chronique de la violence ordinaire, aussi disponible en VOD).
Allez-y, franchement, vous serez pas déçus du voyage !
http://www.francetvod.fr/site-vod/la-mise-a-mort-du-trava...
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07 septembre 2009
C'est plus fort que moi...
05:08 Publié dans La caverne d'Ali Baba | Commentaires (0)
28 mai 2009
That's why children are beautiful
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10 mai 2009
IST*M Ze END
15:28 Publié dans La caverne d'Ali Baba | Commentaires (6)
29 avril 2009
C’était trop court !
Tout était hier ! Tout, je me souviens de tout ! Ces visages, ces sourires, ces coups de gueule, je me souviens de tout, tout était hier. J'avais 6 ans, je me souviens de mon premier baiser avec Bérangère et du putain de vertige que j’ai eu en fermant les yeux. Ma tête a tourné trois fois autour de la terre. Je me souviens de la fois où j’ai offert des fleurs à mon amoureuse du CP qui ne m’aimait pas. Je me souviens que j’étais allé me cacher derrière le platane de la cours de récré. Je me souviens que je n’étais pas discret. Je me souviens quand je montais avec mon frère manger des kilos d'oranges sur le toit pour pas que notre mère nous voit... Je nous revois faire les innocents quand elle cherchait ses oranges. Je me souviens quand mon petit frère venait me trouver presque tous les soirs pour dormir avec moi. Je me souviens de mes cheveux longs, de mes dogs martins, des poèmes pornos que je faisais aux filles qui en redemandaient, je me souviens de son corps à elle, qu’elle venait doucement poser contre le mien, l’air de rien. Je me souviens de tout, c’était hier. C’était hier encore que je rentrais au lycée, complètement paumé et que j’ai vite arrêté. Je me souviens, ça fait si loin mais c’était hier, quand j’ai pris l’avion pour la première fois de ma vie, et que sa race, j’ai eu une peur bleue. Je me souviens que le continent était tout noir. Je me souviens que c’était hier quand j’ai vu son visage sous la pluie, elle n’a remarqué le mien que plus tard, je l’ai su qu’après quand elle était allongée dans mon lit, tout près des fenêtres par lesquelles on pouvait regarder la cité de Carcassonne et ses remparts éclairés. Je me souviens que c’était hier cette pipe de rêve meilleur orgasme de ma vie. Je me souviens que c’était hier quand j’empruntais le chemin qui menait au lycée Croix-Rivail, un chemin plein de cocotiers, de cacaoyers, plein de bruits d’animaux et que je prenais le temps d’écouter et de regarder. Puis j’arrivais sur la grand route et je faisais du stop. J’adorais ça. Je me souviens, c’était hier le moment où j’ai cru mourir parce que j’étais monté sur une voiture qui roulait et qu’après un coup de frein, je me suis retrouvé au sol devant des pneus qui avançaient et que j’ai roulé, roulé sur moi-même aussi vite que j’ai pu pour éviter de savoir qui serait le plus solide entre la voiture ou bien moi. Je me souviens, après, on me demandait inquiet si ça allait à cause du sang qui coulait, je me souviens que je répondais pas et que je marchais dans un état second en souriant bêtement, j'étais vivant ! Je me souviens, c’était hier l’Inde et tous ces sourires que j’y ai rencontré. J’y ai découvert l’enfance et moi, comme je ne me connaissais pas. Je me souviens, ça fait si loin mais croyez-moi, c’était hier. Peut-être au pied de ma tombe encore pourrais-je me dire ça, que tout était hier.
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21 mars 2009
Les sirènes du bonheur
Je reviens sur l’Inde, un instant, encore, qui ne me quitte pas. En fait, ça n’a rien d’une révélation pour moi, ça faisait un moment que je le sentais comme ça déjà. Mais je tiens à rectifier cette part de vérité que j’ai plus ou moins senti quand j'y étais, mais que je n’ai jamais su clairement énoncer. Je suis bien tombé amoureux en Inde, ça ne fait aucun doute. Pourtant ce n'est pas forcément celle avec qui je vous ai le plus bassiné qui a marqué le plus mon esprit... Je vous ai parlé de Lata ! J’aurais peut-être dû vous parler davantage d’Aarti (d'ailleurs elle se retrouve bizarrement sur la photo de mon avatar aujourd'hui...)!
Et c’est pas comme si j’y pensais juste maintenant, je le sais depuis un moment comme je vous l’ai dit. La question a fait le tour plusieurs fois dans ma petite tête avant d'arriver ici. C’est peut-être con à dire avec tant de recul mais c’est elle qui me manque le plus. Tout comme c’est elle qui évoque le plus de tendresse dans mes souvenirs. Une fois, je me souviens, j’avais dit à Lata : « si j’avais été indien et qu’on m’avait proposé un mariage arrangé (ça fonctionnait comme ça dans sa famille) avec elle (Aarti), j’aurais dit oui ! ». C’est quand même pas anodin comme phrase.
Lata c’était la beauté et la grâce incarnées, on tombait sous son charme naturellement, mais avec Aarti, c’était différent. Il fallait passer du temps avec elle pour comprendre. Elle était moins belle même si moi je la trouvais belle, elle avait une bonne vingtaine de kilos en trop, elle avait la peau grasse, elle était moins jeune, mais… elle était douce, si douce, souriante, si souriante, elle avait de gros seins et tout comme la grâce et la beauté de Lata étaient innées, Aarti, par ce qu'elle était simplement, pouvait naturellement donner du bonheur à un homme.
Et de plus en plus pour moi, c’est la seule vraie question importante en amour. C’est pas la question de choisir la plus belle, celle avec le plus bon petit cul, celle aux yeux de velours, voire celle qu'on croit le plus aimer. La question c’est d’arriver à faire le tri dans son propre esprit pour (re)trouver la lucidité nécessaire que l’apparence, la souffrance ou l’attachement nous font souvent oublier, pour discerner entre toutes celle avec qui on pourra tout simplement être le plus heureux.
Ça me fait penser que je pourrais en parler des heures, d'Aarti... Je vous ai raconté la fois où on a parlé de mariage et que je lui ai dit qu'elle ferait une putain de bonne épouse et une bonne mère ?
14:07 Publié dans La caverne d'Ali Baba | Commentaires (4)
07 mai 2007
Je viens du Sud
Dans le train, deux contrôleurs se prélassent dans le même wagon que moi. Ils papotent.
L’un lance nonchalamment :
- « C’est tranquille là, hein ? ».
Ca me fait rire cette intonation qu’il prend.
L’autre répond tout aussi désœuvré :
- « Ouiii ouiii ».
Mais si tu bougeais ton gros cul ça serait peut-être moins tranquille mec tu crois pas ?
Alalala… On est dans le Sud !
Et moi, je suis dans le train qui conduit à Narbonne. Tout à l’heure, à la tête des gens que j’ai croisé en gare de Montpellier, j’ai su que j’avais quitté Paris. Les visages me semblaient plus familiers et cet accent qu’ils balancaient dans leurs voix, je le connais sur le bout des doigts. Oui, le Sud commence lascivement à pointer le bout de son nez. Les paysages de vignes, le soleil qui caresse la peau, la Méditerranée qui s’agite le long de la voie ferrée.
Dans cette ambiance dominicale, je me laisse aller moi aussi à ne rien faire. Enfin, rien qui ne soit trop violent (disons-le, c’est très subjectif). Et, bercé par la farniente et les rayons du soleil, je regarde juste par la fenêtre en souriant bêtement. Je suis chez moi et c’est tout ce qui compte.
Au passage, un petit poème pour tenter de vous faire entendre le chant des cigales.
« De l'accent! De l'accent! Mais après tout en-ai-je?
Pourquoi cette faveur? Pourquoi ce privilège?
Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,
Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort
Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,
"Ces gens là n'ont pas le parler de tout le monde!"
Et que, tout dépendant de la façon de voir,
Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...
Eh bien non ! je blasphème! Et je suis las de feindre!
Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre!
Emporter de chez soi les accents familiers,
C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,
Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,
C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne!
Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,
L'accent? Mais c'est un peu le pays qui vous suit!
C'est un peu, cet accent, invisible bagage,
Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage!
C'est pour les malheureux à l'exil obligés,
Le patois qui déteint sur les mots étrangers!
Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,
Parler de son pays en parlant d'autre chose!...
Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent!
Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant!
Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,
En portant mon accent fièrement sur l'oreille!
Mon accent! Il faudrait l'écouter à genoux!
Il nous fait emporter la Provence avec nous,
Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages
Comme chante la mer au fond des coquillages!
Ecoutez! En parlant, je plante le décor
Du torride Midi dans les brumes du Nord!
Mon accent porte en soi d'adorables mélanges
D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges;
Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris
De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,
Et le petit village où les treilles splendides
Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides!
Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,
A toutes mes chansons donne un même refrain,
Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole
Tous les mots que je dis dansent la farandole! »
Miguel Zamacoïs
(la fleur merveilleuse)
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30 décembre 2006
Dieu du stade
Je me souviens, j'ai commencé dans un petit coin perdu, rue des orangers. J'habitais un appart pas vraiment meublé, sans télé, sans ordinateur. Juste avec un radio réveil et quelques bouquins pour m'occuper. Je lisais les livres. J'écoutais la radio. Je fumais les clopes. Mais il faut croire que je ne savais pas vraiment comment occuper mes journées, alors un soir, je me suis dis que ça serait bien d'aller courir.
J'ai commencé tout petit, à l'extérieur du stade, sur le petit carré de terre désert attenant aux grands murs qui séparaient la lumière des rétroprojecteurs, de l'obscurité. L'atmosphère était humide et je me souviens la première fois, en dix minutes à peine, j'étais déjà ruisselant de sueur. Les premières fois, ça faisait toujours très mal. Mais je m'accrochais et dès que je pouvais, à la nuit tombée, je me rendais sur le terrain vague de l'autre coté de la ruelle.
Les jours se succédaient et je courais toujours plus longtemps et plus vite. De souffles en souffles, à la fin de l’année, je courais plus de trois quarts d'heure, presque chaque soir, à l'intérieur du stade. C'était un stade vivant, bourré de clubs, d'athlétisme, de football ou de basket mais à l'intérieur de ce stade, il n’y avait pas une personne qui pouvait courir aussi vite et aussi longtemps que moi. Et, certainement un peu prétentieux, je m'amusais à penser que même au delà, peu de personnes en seraient véritablement capables.
Je crois que c'est sur ce petit coin de terre que je suis tombé amoureux de l'endurance. C'est un peu comme quelqu'un que tu aimerais malgré tous ses défauts. Il n’y a peut être pas de buts à marquer, il n’y aura jamais personne pour flatter ton ego et souvent, tu as tendance à ramasser la crève comme seul trophée. Mais il y a ce « truc » qui te ressemble et te fait vibrer. Tu sais, comme quand tu as cette impression de t'épuiser contre le vent, comme quand tes poumons sont si crachés que la moindre parcelle de ton corps semble te narguer en murmurant: mais pourquoi continuer? C’est dans ces moments là que tu sais pourquoi tu cours, dans ces moments là que tu n’as vraiment aucune envie d’arrêter. Juste tu ressens l'affront de cette pensée, juste plein d’adrénaline tu exaltes sous les suffocations, juste tu souris et l'évidence est là : quand tu cours, tu combats!
Le corps et l’esprit. Deux choses plus anciennes que la philosophie. A ma droite, la volonté de continuer cette course métaphysique. A ma gauche, la fatigue et le quasi-réflexe de s'arrêter. Les deux s’emmêlent et se font face à chaque instant. C'est même la principale leçon que t'enseigne l'endurance sur toi-même. Les jambes porteront rarement ta tête, c’est ta tête, la force de ton mental qui portera tes jambes plus loin. Et peu importe de quoi tu te sens capable, de quoi tu te sens incapable, la chose est, que si tu veux, tu peux y arriver.
Ça peut paraître étrange, mais quand je cours, c’est comme ça que je sens les choses. Je pense à la vie, à comment elle nous fait mal parfois. A combien on a envie de s'arrêter là. Ce que je sais, c’est que sur les centaines de kilomètres que j'ai parcouru, je ne crois pas m'être arrêté beaucoup de fois avant l'heure. Sur les doigts de la main gringo. La course à mes yeux, c'est tous les jours de cette vie. De chaque putain de minutes. De chaque putain de secondes. Et je suis persuadé, mais alors comme un bison qui charge dans la plaine, qu’en moi, la course et la vie resteront toujours intimement liées... C'est MON sport!
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28 décembre 2006
Les temps modernes
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27 mai 2006
Chaque choses en son temps...
C’était le début de l’année scolaire. Les paysages avaient changé autour de moi mais les chaînes étaient restées les mêmes et comme de coutume depuis trois ans, elles me plongeait dans un silence farouche... Un jour, la jolie femme brune qui était accessoirement notre professeur de philo nous donna une dissertation à faire. Le sujet était : peut-on être heureux ?
C’est cette dissertation que je vous invite à lire plus bas. Mais la lire ne pourrait pas rendre compte de l’atmosphère très particulière qui régna cette année là…
Bien sûr on pensa comme d'usage que j’étais un peu trop sauvage et qu’il eut fallu que je sois apprivoisé, que j'étais en proie à des démons que nul autre que moi ne pouvait percevoir, mais cette année là, c’est la première fois que le monde qui s’offrait à mes yeux regarda ma souffrance et ma folie comme de la poésie… Je ne mettrai pas les annotations que cette femme au visage doux a mis sur ma copie. Mais j’écrirais ce que je n’ai pas pu dire cette année là... Merci !
LA QUETE
Le bonheur, plus qu’un mot, une quête dans l’Histoire de la civilisation. Qu’est-il au juste ? Est-ce l’utopie sordide dont on ne voudrait plus entendre parler tellement elle peuple indécemment nos récits, ou l’Homme a-t-il réellement la capacité de se rendre heureux ?
De nombreux philosophes prêtaient à l’Humanité cette capacité extraordinaire à condition que celle-ci sache pénétrer une spiritualité tout aussi extraordinaire. Néanmoins, la société contemporaine, si l’on y jette un bref regard, n’offre pas les mêmes perspectives quant aux chances d’être heureux. Et donc si l’on peut admettre comme une évidence que le bonheur n’appartient pas à tous, ce n’est pas de cela dont il s’agit de traiter ici. La question est de savoir comment et si oui ou non, en nous-mêmes, on peut trouver la force qui nous permettra d’être heureux.
La pensée cynique
La connaissance permet d’être heureux se plaisait à affirmer Socrate. Pourtant, l’intelligence qui procure la compréhension et la connaissance amène le doute et efface les espoirs veloutés dans le cœur des Hommes. Amène le doute car l’être réfléchi ne peut assurément exister sans la contradiction que suscite la pensée. Et efface l’espoir dont il aime se complaire dans les mythes car ils sont pour la plupart largement infondés. Le doute et la rationalisation, propres à la réflexion, ne peuvent être propice à la sérénité et au bonheur. Par contre, la stupidité, la folie, l’animalité, dépourvu d’intelligence, ne peuvent une seconde douter d’eux-mêmes et s’assurent ainsi une harmonie durable et complète que l’on pourrait identifier à ce que nous appelons le bonheur.
Il est alors d’autant plus décevant de constater que Platon renie le plaisir qui est selon lui lié au désespoir, qu’Epicure prône une « gestion » de ces plaisirs ou que Schopenhauer ait la conviction que c’est en se cachant du monde que l’on peut trouver le bonheur. Cela masque une tendance généralisée et pathologique chez les Hommes d’esprits à opposer l’intellectuel et le charnel et à fantasmer sur une âme omnipotente et supra physique qui comme chacun sait ne peut exister sans les facteurs biologiques qui la compose. Comment la pensée pourrait-elle exister sans les neurones ? Effectivement tout animal biologique qu’il est, l’Homme a ses besoins physiques et primitifs qu’il ne doit renier, qu’il ne peut écarter sans contredire gravement sa nature.
On pourrait illustrer cela avec d’un côté la bonne volonté chrétienne, les beaux discours des curés de campagne et des papes du Vatican, et de l’autre la réalité ecclésiastique dont chacun sait un peu et sur laquelle nous n’allons pas nous étendre.
L’être humain paraît en fait plus à l’image de la pensée cynique. La civilisation humaine voulant à tout prix s’opposer à son animalité toute naturelle et saine d’esprit pour créer une morale et un mode de vie qui défie ses origines, il engendre ainsi en lui-même une frontière éthique où la plénitude ne peut être atteinte et où le basculement s’il survient, crée l’inhumanité. Toutefois, sans aller aussi loin que l’engagement des cyniques pour leurs convictions, on peut rejoindre la pensée Epicurienne qui se veut avant tout, corps et âme, vouée au plaisir.
Prenons un exemple très simple, un extrême comme on dit qui reflète – souvent mieux que le reste - la réalité de la pensée épicurienne. Préférons-nous au cours d’une journée lambda, travailler, rentrer et s’occuper un peu avant d’aller dormir, ou au cours de cette même journée, travailler, rentrer imbus de liqueur révélatrices accompagnés d’une, de deux ou au goût de chacun, personnes du sexe opposé et passer la nuit comme on l’entend ? C’est à chacun bien évidemment de choisir sa voie, pour la part des épicuriens le choix n’en est pas un. Il pourrait même apparaître que la morale altruiste, ascétique, que la foi ont fait plus de tords à l’Humanité que les choses qu’elle nomme comme des dépravations et qui finissent dans l’inconscient collectif à paraître telles. En fait, toutes les insatisfactions, toutes les folies et tous les dérèglements de l’Homme ont la même origine. Et j’en veux pour preuve qu’aucune folies, qu’aucunes insatisfactions qu’aucun dérèglements n’existe dans cette origine : c'est-à-dire le Monde Sauvage. Oui, c’est là l’origine de l’Homme, l’origine de la cassure qui s’est opéré entre l’Homme-animal et l’Homme-inhumain ou l’Homme-éthique. Car quoi associons le bonheur ? A l’harmonie bien sûr.
Mais l’Homme est la contradiction !
L’animal est harmonie !
Et que les moines perchés sur les monts du Tibet contredisent cela n’y changent rien, car leur folie, on la connaît sans vouloir l’admettre, c’est d’inventer un univers fictif, intemporel, peuplé de divinités aussi grandes que peuvent l’être leur imagination fantasque d’êtres orphelins perdus dans l’immensité de la primauté sauvage.
Oui, entre le roi-fauve et l’Homme, la colossale différence, la seule qui devrait compter pour le libre penseur, pour le quintessenciel, c’est uniquement l’harmonie, la paix avec soi, en un mot le bonheur.
Que le Christ relie l’Humain et l’Harmonie et l’on ricane de cet être de béatitude naît il y a deux milles ans, un fossile en définitive dont on ne sait que ce que le vent millénaire a emporté avec lui du fantasme des Hommes de pouvoir même dans la mort ne jamais mourir.
Cependant, il y a quelques milliers d’années, Socrate, Platon, Aristote et d’autres, ignoraient le rapprochement scientifique que l’on fait aujourd’hui entre le singe et l’Homme. Quelques temps plus tard, la bible confiait qu’Adam et Eve, miraculeusement crées étaient les premiers Hommes et nos géniteurs à tous. A ce titre, l’Humanité fut plongé dans l’obscurité de son origine durant près de mille huit cent ans, à être persuadé que l’Homme était seulement un Homme. Alors, l’Homme a trop compris en définitive ce qu’il était, un Homme, et ce qu’il n’était pas, un animal.
Néanmoins, cette vérité a double tranchant dans laquelle il n’a de cesse de se projeter peut être interprétée de deux manières. D’une part l’Homme n’est pas un animal et ne peut se conduire comme tel. D’autre part, il n’est plus un simple animal mais de cette essence dont il tire son existence il doit satisfaire les besoins primaux pour assurer une harmonie et une paix entre les deux états qui lui appartiennent.
La femme
Comment aborder le bonheur dans le concret ? Doit-on seulement l’envisager ? Est-il bien là nos côtés ? Au delà des considérations philosophiques qui sont vaines et rendent cet espoir utopique, comment un Homme de chair et de sang peut-il être heureux sans « séparer ses désirs », sans pragmatisme, sans pensée critique juste en lui-même avec ses peurs, son amour, sa passion, sa révolte ?
Le bonheur, il pourrait sembler comme une évidence pour un homme de vingt ans qu’il est forcément en la femme, que sans elle il est la moitié de lui-même au milieu de l’océan poisseux, qu’avec elle, c’est à chaque fois renaître en soi, c’est sentir l’équilibre qui s’installe au fond de soi.
Subjectivement, que peut-on vouloir de mieux que la peau d’une amante, que sa voix, que son odeur, que son abandon amoureux à nous-mêmes et que ses caresses qui connaissent nos doutes, que ses doutes, que ses pleurs sur nos épaules. Rien sur la terre, surtout pas la connaissance, ne peut procurer le bonheur à ce point. C’est par la femme aussi qu’arrive ce que l’on peut admettre comme la continuité du bonheur, l’enfant, la paternité.
Mais le bonheur, au-delà de ces considérations, c’est aussi, c’est surtout a sa façon de concevoir la vie qu’on peut le devoir. Comment pourrait-on être heureux en conceptualisant la femme comme un objet, délicieux, mais un objet quand même ? En prenant le plaisir en nous-mêmes sans attendre le sien, en le prenant seulement à travers elle au lieu d’avec elle ? Comment pourrait-on seulement espérer le bonheur si l’on n’aime pas la vie plus qu’elle ne nous aimera jamais ? Comment les fascistes, les traditionalistes, pourraient–ils seulement entrevoir le bonheur dans leur monde peuplé de certitudes grotesques et catégoriques ? Et comment le bonheur se pourrait-il trouver sans ramper dans la boue avant de connaître la lumière ?
Le bonheur, c’est un état permanent de folies passionnées, colorées, de révolte contre les forces obscures de l’habitude, c’est l’amante éternelle, la mouvance et la mort choisie.
Au juste, on pourrait penser que ceci est la description d’un désespoir latent, mais non !
Pourquoi le serait-il ?
Il semble simplement falloir choisir simplement entre deux conditions, le cœur polaire et tropical, ou le cœur tempéré. La haine, la rage, l’alcool, la déprime, la passion, l’amour, la jalousie ou le respect des conventions, le flottement, l’endormissement, le désir refoulé, le rêve insatisfait et les croyances pour se rassurer. Alors on peut penser que le bonheur c’est en une sorte d’état proche de la folie que l’on peut le trouver.
Et même si ce n’est pas le cas ? Qui sera là pour prétendre le contraire ? Il faudrait qu’il l’eut vu et qu’il pense ce qu’il dise, et pour ainsi dire qu’il sache en parler.
De toutes les façons, le bonheur vient de soi en théorie, c’est soi même que l’on doit sa manière de réagir, de faire face aux événements de quelques ordres qu’ils soient. C’est bien à la perception que l’on aura chaque matin de voir le ciel azuré ou trop clair ou les nuages gris ou apaisants, que l’on peut surtout devoir le bonheur. Et si chaque jour la vie ne nous paraît qu’un "long orage parsemé d’éclaircies" alors le bonheur nous échappera aussi sûrement qu’on le nie. Tous les poètes maudits qui se sont morfondus plutôt que de se battre, qui ont pliés les jambes sans chercher à se relever, tous ceux là ont eu ce qu’ils cherchaient, une éternelle errance et ne purent profiter de ce en quoi il ne crurent jamais. Le bonheur, l’amour, les dieux, c’est la beauté des choses qu’il ne faudrait jamais nier tellement il est bon d’espérer. Si bon, il est en effet d’imaginer le bonheur, simplement d’y croire.
Certaines fois, aux réveils solidaires ou au milieu d’un continent oublié, on pourra se dire que le monde est à nous et que le bonheur est bien là, qu’il le veuille ou non, on le possède, qu’aujourd’hui après nous avoir trop longtemps échappé il nous appartient le chacal !
D’autres fois, dans un de ces bars oubliés du bonheur où l’on se retrouve avec au moins une partie de soi même, et que l’on commence à y penser avec la philosophie très typique de ces endroits là, on aurait envie de prendre un grand verre… Et puis deux. On se demanderait alors ce qu’il nous reste à nous la masse oubliée ? Et puis on ajouterait, l’alcool pour se morfondre et la femme pour y songer ! Et c’est en partie, à défaut du sujet, ce que met en évidence ce devoir. A savoir la contradiction, la difficulté de s’exprimer en une seule voix parallèlement à des vies qui connaissent aussi bien les hauts que les bas. Cela ne fait que confirmer que le bonheur dépend de soi, que dans la complexité individuelle, c’est à chacun de déterminer ce qui fera son bonheur et que nul autre ne pourra dire ce qui fera le bonheur de tout un chacun.
Car le bonheur, c’est soi !
08:00 Publié dans La caverne d'Ali Baba | Commentaires (6)






















































