17 mai 2009

Retour aux mille et une nuits

Bon comme je sens que je vais pas publier souvent pendant les quinze jours qui arrivent, j'en profite pour remettre deux posts que j'avais dû effacer pour des raisons de traçabilité. Je les aime bien en plus.

La tête à bisous terminator

Waouhhh j’ai appris à coudre aujourd’hui. Un bouton d’une de mes chemises était tombé. Ne sachant bien évidemment pas coudre, j’ai demandé à Hélène si elle pouvait m’aider. Elle a pris un peu de temps pour m’expliquer cette chose pour le moins énigmatique et, alors qu’elle me regardait faire d’un air moqueur, j’ai recousu mon bouton presque parfaitement. Il pendouille un peu mais bon, je suis trop fier de moi... Même si j’ai compris que je n’avais pas la vocation.

Autre grand moment de la journée : comment je me suis fait intimider par une fillette de 6 ans, à tout casser. Tout a commencé quand je suis allé chercher du sucre dans le petit commerce à côté de mon appart. Déjà j’arrive, le gars prie. J’attends. Je siffle un peu pour qu’il se magne. Là je déconne. Il prend son temps quand même. Puis il s’occupe de moi. Et c’est là que je me suis rendu compte qu’il avait de très gros problèmes avec le calcul mental. Lorsque il me tend la boîte de sucre, je lui donne 20 dirhams et il m’en rend 13.50. Ca me paraît pas cher et je suspecte qu’il se soit trompé à son insu alors je lui demande combien elle coûte cette boîte de sucre. Il me dit 11.50. Si vous avez suivi, vous devez savoir qu’à cet instant, je viens de lui arnaquer 5 dirhams. Je lui dis donc qu’il se trompe et qu’il doit m’en rendre 5 de moins. Et là, il est parti dans des calculs très complexes qui ont duré trèèèès longteeemps. A tel point qu’une des deux personnes qui était à côté de moi et attendait est partie. Pendant qu’il faisait ses calculs, je regardais la fillette à côté de lui. Elle est magnifique. Elle a des grands yeux noirs et une grosse tête à bisous. Mais elle sourit pas. Je la regardais, mais comme elle souriait pas et qu’elle me regardait avec insistance, je commençais un peu à me sentir gêné. J’avais l’impression d’avoir un terminator devant moi. Je lui touche le bout de son petit nez pour tenter de susciter une réaction sur sa petite frimousse. Mais non. La petite fille ne flanche pas. Elle continue à me regarder, impassible. Putain, une vraie scène de Western. D’un peu plus, elle m’aurait flingué.

Vingt ans à Rabat

Vingt ans à Rabat, c'est les après-midi à la plage, les jeux de foot, les fumettes de Chicha au tabac parfumé, d’orange, de pomme, ou même de cannabis première qualité. Vingt ans à Rabat, c'est les femmes habillées sexy, comme des occidentales, des jolies mômes arabes qui te font tourner les yeux et te font dresser la queue. C'est les mecs qui friment sous les grosses lunettes noires et qui sourient l'air de rien victorieux. Vingt ans à Rabat, c'est parfois faire la fête dans ces endroits de l'avenue Mohammed V, entre le parlement et le minaret, ou avec moins de chance, c'est aussi la vie des bidonvilles pouilleux. Vingt à Rabat, c'est se rendre à la boutique de cosmétique « chez Rachid ». Peut-être qu'ici, ça fait classe mais avec un nom comme ça, Rachid il aurait sûrement déjà fermé en France. Enfin bref, vingt ans à Rabat, ça a un parfum de jeunesse. Tous les rêves sont permis, mais certains finissent sur le trottoir, entre le mutisme et l'ivresse. Comme dans ces bars glauques où les femmes en djellaba harponnent les hommes en manque d'amour, l'air de rien sous les mots de velours. Vingt à Rabat, c'est les couteaux sortis dans les grandes murailles de la médina, c'est la violence dans les yeux pour dire que même avec rien, on en veut. Vingt ans à Rabat, c'est des parfums d'épices mélangés dans les rues et à chaque coin de rue. Vingt ans à Rabat, ça sonne pas loin à mes oreilles, de vingt ans à Paris, à Toulouse ou Marseille.